mercredi 6 avril 2011

LES ABEILLES SE PROTÈGENT DES PESTICIDES

La nature ne subit pas toujours de manière passive les agressions de l’homme sur l’environnement. Un éminent scientifique spécialisé dans l’étude des abeilles vient de montrer que certaines abeilles essayent de protéger leur ruche contre les effets néfastes des pesticides, rapporte The Guardian.

Le phénomène avait été rapporté pour la première fois dans une revue scientifique spécialisée en 2009. Mais depuis, il a été observé à maintes reprises par plusieurs scientifiques et experts: des abeilles «enterrent» des alvéoles pleines de pollen contaminé pour les rendre hors-service et ainsi protéger le reste de la ruche. Les scientifiques ont trouvé que le pollen contenu dans ces alvéoles «ensevelies» contenaient des niveaux de pesticide bien plus élevés ainsi que d’autres composés chimiques potentiellement dangereux que dans le pollen des autres alvéoles.

Jeff Pettis, entomologiste du département de l’Agriculture américain, a récemment expliqué devant des parlementaires britanniques l’importance de la découverte:

«C’est une découverte inédite, et très frappante. Elle implique que les abeilles reconnaissent les pesticides et l’isolent. Elles comprennent que quelque chose ne va pas avec le pollen et l’isolent. En temps normal, les abeilles n’enferment pas du pollen.»

Mais les bonnes nouvelles s’arrêtent là pour le moment: les efforts de la dernière chance des abeilles ne semblent pas porter leurs fruits. Pettis remarque en effet que le comportement d’enterrement du pollen se retrouve dans de nombreuses ruches qui finissent pas mourir:

«La présence d’enterrement est le plus gros facteur de perte d’une colonie. C’est un mécanisme de défense qui a échoué.»

Les abeilles enterrent également des alvéoles qui contiennent des substances utilisées par les apiculteurs pour lutter contre des insectes comme le varroa, qui sont un autre facteur de diminution de la population des abeilles, comme l’explique Pettis:

«Nous les apiculteurs devons nous regarder dans un miroir et nous interroger sur ce que nous faisons. […] C’est une question d’équilibre. Si on ne contrôle pas les parasites, les abeilles meurent. Si on les contrôle, les abeilles vivent mais il y a des effets secondaires.»

Depuis plusieurs années, la diminution de la population mondiale d’abeilles inquiète les scientifiques et apiculteurs du monde entier. Un phénomène appelé «syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles», qui reste en grande partie inexpliqué, intrigue particulièrement la communauté scientifique.
Slate.fr