samedi 1 août 2009

DROIT DE VIE OU DE MORT

Le principal conseiller d’Obama pour les questions de santé, Ezekiel Emanuel, est un adepte radical, depuis longue date, du droit à écourter la vie des personnes âgées, invoquant comme prétexte les coûts prétendument exorbitants pour la collectivité des soins accordés à ces patients en fin de vie.

Comme nous l’avons souligné à maintes reprises sur ce site, c’est l’adhésion d’Emanuel aux critères comptables dans le domaine de la santé, qui le conduit aujourd’hui à promouvoir les mêmes politiques que les nazis ont pratiquées contre les juifs, et contre ceux qu’ils considéraient comme les « bouches inutiles » : les personnes âgées, les grands malades et les handicapés.

Mais Emanuel va plus loin. Dans un article publié le 31 janvier 2009 dans le journal médical anglais, The Lancet, intitulé « Les critères définissant l’attribution des traitements médicaux devenus rares », il explique la philosophie de son système de remboursements de soins qu’il a baptisé du nom : « Système de vies complètes » (Complete lives system). Cet article est paru moins de deux mois avant que le président Obama ne charge Emanuel de sa réforme de santé, au sein du Conseil fédéral des recherches en coûts comparatifs. Emanuel travaille aussi avec Peter Orszag, directeur du Budget à la Maison Blanche.

Emanuel y explique les principes qui guideront les choix entre ceux qui pourront continuer à vivre et ceux qui devront mourir : « Lorsqu’il est appliqué, le ‘Système des vies complètes’ engendre une courbe dans laquelle les individus âgés de 15 à 40 ans ont les plus grandes chances, alors que les plus jeunes et les plus âgés, voient leurs chances diminuées. » Ceci peut être justifié par l’opinion publique car « un large consensus favorise les adolescents sur les jeunes enfants, et les jeunes adultes par rapport aux personnes très âgées ».

« Une attribution stricte en faveur des plus jeunes, orienterait les ressources rares principalement vers les enfants. Cette approche ne semble pas correcte. La mort d’une femme de 20 ans est intuitivement pire que celle d’une petite fille de 2 mois, même si le bébé a vécu moins longtemps. La personnalité de la femme de 20 ans est beaucoup plus développée que celle de l’enfant ; elle a bénéficié de l’investissement des autres pour entamer des projets qui n’ont pas encore abouti. (…) Les adolescents ont reçu une éducation et des soins parentaux substantiels, des investissements qui seraient gâchés sans une vie complète. Par contraste, les enfants n’ont pas encore bénéficié de tels investissements. (…) Lorsqu’un très jeune enfant meurt, c’est terrible ; mais la plupart des gens pensent que lorsqu’il s’agit d’un enfant de trois ans, c’est pire, et pire encore, lorsqu’il s’agit d’un adolescent. »

Vers la fin de son article, Emanuel aborde le fond des choses, en répondant à des critiques formulées contre ce système par John Grimley Evans dans le British Medical Journal du 15 mars 1997, où Evans évoque déjà le caractère fasciste de telles politiques. Evans écrivait : « Des sondages en Grande Bretagne montrent que les vieilles personnes sont perçues très largement comme ayant une valeur sociale moindre que les jeunes. (…) Certains chercheurs suggèrent que les opinions révélées par ces sondages devraient être considérées comme une base valable pour rationner les services de santé. (…) Nous ne devrions pas créer, sur la base de l’âge ou d’aucune autre caractéristique, dont les individus n’ont aucun contrôle, des classes de « sous-hommes » [Untermenschen], dont les vies et le bien-être, ne méritent pas la peine qu’on y dépense trop d’argent ».

Faisant semblant de ne pas comprendre l’argument de Evans, Ezekiel Emanuel, principal conseiller du Président Obama en matière de politique de santé, a répondu “qu’en dernière analyse, le “système des vies complètes” ne crée pas des ‘classes des ‘sous-hommes’ dont il est estimé que les vies et le bien-être ne méritent pas qu’on y dépense de l’argent’ ; simplement, il nous donne pouvoir pour décider, de façon juste, qui nous sauverons lorsque une pénurie rend le sauvetage de tout le monde impossible ».

Dans un article consacré à la grippe aviaire paru dans le magazine Science du 12 mai 2006, sous le titre : « Qui devrait avoir un vaccin contre la grippe lorsque tout le monde ne peut pas en avoir ? », Emanuel défendait l’idée que laisser mourir les personnes âgées était une « alternative éthique » ! Il s’exprimait en tant que directeur de l’Institut National de la Santé (Département de Bioéthique).

Appelant ce système « Principe raffiné d’allocations de cycle de vie », Emanuel argumente que des personnes âgées de 13 à 40 ans, doivent être prioritaires parce que leur vie a une valeur plus grande ; les plus âgés ont déjà passé leur tour et les très jeunes n’ont pas encore fait l’objet de beaucoup d’investissements.
alterinfo