samedi 13 septembre 2008

TRAVAILLER À EN MOURIR

À celui qui croirait encore que la société postindustrielle en a fini avec la misère de la condition laborieuse ; à celui qui peut imaginer que l’esclavage est d’un autre temps ou d’un autre continent ; à celui, enfin, qui estime que «travailler plus pour gagner plus» peut constituer non seulement un programme économique mais encore un modèle social, on ne saurait trop recommander de jeter un œil sur ce documentaire. Mort vivant. On y voit qu’une société de services brise et tue aussi sûrement que les monstrueuses machines de la révolution industrielle (lesquelles continuent aussi à fonctionner). On y voit que ce n’est pas moins être esclave que de l’être sous l’œil d’un maître anonyme, insaisissable, qui épie vos conversations, chronomètre le temps que vous mettez à respirer, vous abrutit d’interjections, vous lessive de formules stupides et agressives mécaniquement reprises des manuels de management, et de n’avoir plus que le désir de mourir pour s’y soustraire. On y voit enfin que «travailler plus» n’est pas un choix mais la perverse condition du travail lui-même : travailler veut dire travailler plus et aucune augmentation ne compensera ce que ce «plus», qui n’est jamais assez et auquel tient fragilement l’espoir tout négatif de conserver son emploi, arrache de vie et d’humanité. (libération.fr)
Documentaire "Travailler à en mourir" :