lundi 24 mars 2008

TUER OU SE FAIRE TUER

Que se passe-t-il dans la tête d’un joueur lorsqu’il s’adonne à sa passion ? Plus exactement, quelles émotions ressent-il lors d’un combat, lorsqu’il tue ou lorsqu’il est tué ? C’est la question à laquelle ont cherché à répondre des chercheurs de l’école d’économie d’Helsinki.

Pour pénétrer l’esprit de leurs cobayes, ils ont utilisé un appareillage d’analyse des réactions psychophysiologiques, comme la résistance électrique de la peau ou les mouvements faciaux et oculaires. Pour leurs tests, les expérimentateurs ont utilisé le jeu James Bond 007 : NightFire.

Les résultats obtenus sont étonnants : il semblerait bien que le joueur éprouve une joie secrète à voir son personnage abattu lors d’une mission. En revanche, de nombreux sujets auraient montré des signes d’émotion négative lorsqu’ils tuaient ou abattaient un ennemi, malgré, bien sûr, des signes extérieurs de satisfaction. Plus inquiétant, les chercheurs ont fait remplir un questionnaire par leurs cobayes pour voir lesquels présentaient des tendances psychopathiques (le fameux questionnaire de personnalité d’Eysenck utilisé par les chercheurs contient des questions comme : « aimeriez-vous que les gens aient peur de vous ? »). Il s’avérait que ceux-là se montraient beaucoup moins inquiets à l’idée d’abattre leurs cibles…

Comme toujours, on ne sait trop comment interpréter ces résultats. Il est déjà difficile d’avoir des résultats fiables à l'aide de l’IRM... Alors que penser de l’efficacité des méthodes plus superficielles employées par cette équipe ? Mais tout de même, on ne peut s’empêcher de penser aux expériences inspirées par Stanley Milgram au cours desquelles des chercheurs établirent que leurs sujets éprouvaient une certaine difficulté à torturer un personnage virtuel en 3D. La principale objection qu’on pouvait faire à ces travaux était précisément que les jeux vidéo violents ne semblaient pas déclencher de tels scrupules.

Cette nouvelle recherche, en allant dans le même sens, pourrait changer la perspective négative qu’on prête aux jeux violents. Quant au plaisir secret éprouvé à voir son personnage tué, on ne peut que le rapprocher de cette théorie psychologique bien connue qui affirme que le joueur invétéré qui dilapide son argent dans les casinos éprouve en réalité un plaisir inconscient à perdre… A moins bien sûr que la mort du personnage ne soit vécue avec soulagement comme une punition justifiée après avoir commis tant d’atrocités !
@futura-sciences